Revoir La bombe de Peter Watkins

par | Mai 26, 2022 | Contre-culture | 0 commentaires

Il existe des films que certaines périodes historiques invitent naturellement à redécouvrir. Et en 2022, alors que le conflit en Ukraine s’est réchauffé suite à l’intervention russe, que les dernières négociations entre les belligérants ont échoué et qu’aucune des parties ne semble vouloir la paix, bien qu’une poursuite du conflit puisse potentiellement mener à plus ou moins long terme à un usage de l’arme nucléaire, il est intéressant de regarder le moyen-métrage (45 minutes) La Bombe (1966) de Peter Watkins : un docu-fiction relatant la possibilité d’une attaque par un missile nucléaire de l’Angleterre, lancé par l’URSS, des évènements précédant l’intervention jusqu’au conséquences probables en termes de pertes de vies humaines, au niveau psychologique et de l’organisation politique.

Peter Watkins est bien connu des milieux de gauche pour ses nombreux films sur la répression (Punishment Park) ou sur des évènements historiques (La Commune), toujours avec une façon très particulière de filmer les scènes, comme s’il s’agissait de l’actualité dans un reportage. Farouche opposant à la bombe nucléaire, l’œuvre dont on parle est la première d’une longue lignée de ses films dénonçant la dangerosité d’un conflit atomique.

Financé par la BBC afin de montrer aux Britanniques la potentialité d’une guerre nucléaire et les conséquences chez eux, le film n’a pas plu au gouvernement britannique, et on comprend aisément pourquoi.

Comme je le disais, le format du moyen-métrage est celui d’un faux reportage, avec des interviews dans la rue, une voix-off qui commente les évènements et fait parler des « experts ». Ce qui permet, dans le cas des simples citoyens, de montrer leur relative ignorance des dangers et les conséquences humaines sur leur psyché. Mais aussi cela nous montre l’imbécilité ou le cynisme des « experts » qui s’imaginent pouvoir reprendre la guerre après un tel bombardement, ou de cet ecclésiastique qui dit de bon cœur que l’important c’est que la bombe nucléaire soit dans le bon camp.

Ce qui ajoute aussi une touche de réalisme, c’est que Peter Watkins se base sur des vrais bombardements, en l’occurrence ceux d’Hiroshima et de Dresde, pour imaginer les conséquences d’un choc équivalent en Angleterre.

L’œuvre montre d’une part les conséquences physiques de l’attaque (les gens mourant asphyxiés, les enfants aveugles à cause de l’explosion, les brûlés au troisième degré abattus par la police) mais aussi psychologiques, à l’instar de ces médecins ou policiers à la mine dépressive à cause de ce qu’ils voient, mais aussi des enfants qui ne croient plus avoir un avenir. Là où le film va plus loin, et sans nul doute c’est là où le gouvernement anglais s’est mis en colère, c’est la partie concernant les conséquences politiques. En effet, une partie du territoire étant irradiée, les ressources se font rares ainsi que l’accès à l’eau, et celles-ci sont données en priorité aux citoyens les plus méritants… c’est-à-dire la police qui maintient l’ordre ! Face à une telle situation, des émeutes de la faim se produisent et conduisent de simples citoyens au vandalisme et au meurtre de policiers, et inversement amènent la police à faire des exécutions sommaires. Ce qu’on nous montre donc, c’est la création d’un État policier à la sortie de la catastrophe, une sorte de double peine.

L’auteur de ces lignes pense urgent de redécouvrir ce film, car il ouvrira peut être les yeux de certains sur les conséquences néfastes d’un conflit nucléaire et leur fera refuser de jouer aux Docteurs Folamour. Espérons même qu’une majorité comprenne les bienfaits de la paix pour tout le monde.

Ambroise-JRCF.

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